J'essaie de rationaliser. Toujours. Mon premier instinct est de ressentir, mon deuxième instinct est de minimiser. Mon troisième instinct est de ressentir, mon quatrième instinct est de rationaliser. C'est infini. C'est inconstant. Cela me convient. À peu près.

Je ne connais pas très bien M. (le Monégasque). Il s'entend très bien avec R. et le voit régulièrement ; R. est l'homme de ma vie (depuis bientôt quatre ans). Mais R. compartimente beaucoup ses relations amicales, et il se trouve que je ne suis pas compartimentée avec M. (sans rancune). Je crois que durant notre année et demie à l'Ecole, nous avons dû aller au cinéma deux fois en groupe, et je ne m'en souviens presque pas. Et puis, en mars 2014, j'ai rendu visite à R. et passé un peu plus de temps avec M., sans tomber sous son charme, tout à fait le contraire. Et puis, un jour d'été de la même année, j'ai appelé R. et suis tombée sur M. et ai discuté cinq minutes avec lui, sans tomber sous son charme, mais peut-être un tout petit peu.
Et puis, au printemps 2015, on se retrouve à Istanbul. Je visualise très bien le moment où tout a basculé pour moi. C'était à la toute fin, en plus. L'après-midi, on avait passé une heure à se promener dans la ville juste tous les deux. Le soir, je m'étais expliqué sur le cas R. parce que j'ai sous-entendu qu'il était gay et M. ne le savait pas (et il s'est avéré que d'une, M. n'avait pas remarqué ma parole douteuse, de deux, il s'en fiche de l'orientation de son ami, de trois, il pensait que R. et moi étions un couple).

(Quand j'y pense, je vois presque toujours le moment où ça bascule dans mes précédentes relations : c'est le moment où j'estime qu'un geste n'est pas amical mais "autre chose". Comme le jour où H. et moi avons passé trois heures en bas de chez lui à discuter. Comme le moment où M. m'a dit que j'étais quelqu'un de bien et qu'il a posé sa main sur mon mollet quand on était étalés sur le lit et qu'on rigolait tous ensemble.)

Je ne connais toujours pas très bien M. Quand je mens à R., c'est-à-dire dès qu'on évoque M., je lui dis que mes sentiments se résument à une sorte d'intérêt pour qu'on devienne potentiellement un couple. Ce qui n'est pas totalement faux, mais qui est surtout un énorme, gigantesque euphémisme. Je ne sais pas pourquoi je ressens ce que je ressens. Je n'ai aucune raison logique. (J'ai relu les articles du blog liés à N. et je n'ai jamais partagé quoi que ce soit d'aussi fort avec M., je n'ai pas passé la nuit à discuter avec lui, et d'autres choses dont je n'ai pas envie de me rappeler parce que c'est douloureux.)
Rien n'est suffisant pour expliquer. Il est gentil et prévenant (à m'envoyer des articles qui évoquent Shanghai et ce genre de trucs), mais mon ami MA. l'est aussi (et MA. m'a écrit que ça lui fendait le cœur de m'annoncer qu'il ne serait pas en France cet été, donc clairement il gagne la manche). Je le trouve chou (avec sa bouille et sa manière de parler et son surnom de "lapin" ou de "petiot"), mais je ne suis pas la seule (et les autres ne ressentent rien d'étrange pour lui). Il est intéressant et cultivé et intelligent (la géopolitique c'est son dada), mais R. l'est aussi (sur la politique, la religion, la culture, etc). On aime les mêmes séries (comme des millions de gens sur Terre). Il sent bon (comme des dizaines de gens dans ma vie).
Ses intérêts deviennent un peu les miens (pas vraiment, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à lui quand quelqu'un met l'équipe de foot qu'il supporte, l'un des autres sports, ou la langue qu'il apprend sur mon chemin). Je n'ai envoyé que quatre cartes postales depuis mon arrivée : une à H., une à mon frère, deux à M. Je lui ai envoyé un roman que j'avais apprécié et que je pensais qu'il aimerait pour son anniversaire.

Certains jours, mes sentiments sont dormants et calmes et ne me font pas mal. Ces jours-là, je me dis que ce ne serait pas terrible de ne pas lui dire ce que je ressens, et que je pourrais passer à autre chose dès mon retour. Ces jours-là, je me rends compte que ce que j'ai dit à R. n'était que la pure vérité et que je suis très froide dans mon intérêt pour M. Ces jours-là, j'écris cet article.
Certains jours, j'ai l'impression de brûler d'amour pour lui et que cela me définit. Ces jours-là, je pleure pour tout et rien et je m'enfonce dans mon lit. Ces jours-là, je parle de lui à mes amis et je me sens légitime dans mes sentiments. Ces jours-là, je me sens coupable de mentir à R. Ces jours-là, je relis un ancien document que j'ai rédigé quand je n'en pouvais plus.

M. ressemble à H., sur certains points. Il semblerait que je sois attirée par les mecs avec qui je n'ai aucune chance de construire quelque chose, parce que ces mecs-là ne sont pas intéressés (ou ne montrent aucun intérêt) pour les relations sentimentales. Et bien sûr, je ne tente rien avec eux, je ne leur signale pas (pas par des mots) que je les aime bien. C'est simple pourtant, je me souviens que je l'ai fait une fois au lycée.
Et puis, je ne suis pas amoureuse. Je suis juste extrêmement touchée, attirée, chamboulée par eux. C'est une légère différence. Je ne ressens pas pour M. ce que j'ai ressenti pour N., soit parce que j'ai grandi et que je ne suis plus aussi naïve à me lancer dans un échec prévisible, soit parce que M. ne m'a pas donné de quoi ressentir autant que pour N., soit parce que je suis cynique et que je ne crois plus en l'amour.

Je ne crois plus en l'amour. Ou presque.
Je ne crois plus que mes sentiments suffisent pour me déclarer amoureuse.
Je ne crois plus qu'il faille être amoureux passionné pour être un couple durable.
Je ne crois plus que le premier regard établit une base pour une relation. Aujourd'hui, j'ai un certain nombre de relations amicales (ou s'en rapprochant) (notamment M.) sur lesquelles je n'aurais jamais parié dessus au premier regard.

J'ai envie d'aborder M. avec plus de maturité ; j'ai envie qu'on ait des rendez-vous au cinéma et au restaurant ; j'ai envie de lui dire que je l'aime bien et que ça ne change rien s'il n'a pas envie de se lancer dans une relation avec une inconnue (parce que c'est vrai, ça ne change rien, et je suis une presque inconnue).
J'ai envie de regarder M. et de ne pas ressentir cette envahissante tendresse.
J'ai envie que mes sentiments pour M. ne soient qu'amicaux.

Is it ancient love?

Samedi 14 mai 2016

J'ai l'impression que cela fait une éternité. Mais cela ne fait que deux ans. Deux ans durant lesquels j'ai vécu des choses incroyables et j'ai stagné à la même place. Deux ans durant lesquels j'ai continué à établir des routines de vie et j'ai avancé si loin que je ne sais plus où je suis. Deux ans.
Une partie de moi regrette de ne pas avoir été plus assidue à la tenue de ce blog. Je n'aurais pas eu beaucoup à dire, mais peut-être suffisamment pour me souvenir. Et remonter les pages du blog me renvoie en pleine face la puissance de mes sentiments de l'époque, et contraste incroyablement avec les deux dernières années que je viens de vivre.
C'est paradoxal.

Je n'ai pas écrit depuis 2014. En janvier 2014, j'entamais mon premier "vrai" stage en entreprise, en finance. Il m'a permis de découvrir ce que j'aimais faire et de dessiner ma future carrière professionnelle. Mais en janvier 2014, j'entamais aussi une longue période d'absence totale de libido. C'est étrange à exprimer, mais c'est resté calme de ce côté, et ça m'a permis de voir un peu mieux ce que je voulais.
Aujourd'hui, j'ai signé une promesse d'embauche dans un département Finance et j'alterne entre les périodes où j'en suis vraiment contente et les périodes où je suis certaine que cela va me détruire. Aujourd'hui, je sais que je suis asexuelle, probablement greysexuelle, peut-être demisexuelle mais sans certitude, au fond on s'en fiche un peu du nom, je le vis très bien.

Entre temps, j'ai eu un deuxième stage, toujours en finance, et j'ai gagné confiance en mes capacités techniques et en mon travail professionnel. Entre temps, j'ai appris que je confondais tout : être amoureuse, être sous le charme, être fascinée, être passionnée, et encore d'autres synonymes. Je crois que je peux comprendre le succès des histoires d'amour. Je crois aussi qu'il n'y a plus besoin d'analyser tous ces sentiments, que l'important est de les reconnaître, et que si en les reconnaissant je fais une erreur, tant pis. Je crois aussi que je suis une personne très émotionnelle, qui s'attache facilement aux gens, et qu'une autre partie de moi est à égale force très logique et misanthrope.

Je me suis forgée en tant qu'adulte, je continue et je continuerai tous les jours jusqu'à ce que je ne le puisse plus. J'ai perdu en fraîcheur et en naïveté, j'ai gagné en force et en lucidité. On pourrait tout aussi bien dire que j'ai perdu en spontanéité et gagné en aigreur, mais tout est une question de mesure et de balance...

Mais j'ai eu beaucoup de mal. J'ai traversé des périodes où j'avais des tendances dépressives et une inclination à rester dans mon lit toute la journée. J'ai traversé des périodes d'autodestruction et d'insociabilité très fortes. J'ai ressenti une culpabilité monstre à ne pas être capable de me bouger ou de me résoudre à dormir. J'ai toujours été douée pour cacher et faire comme si tout allait bien.

J'ai aussi voyagé. J'ai passé toute l'année 2015 "ailleurs" : mes six premiers mois à Bruxelles, une des meilleures villes d'Europe, moins d'un mois chez mes parents / à la maison, puis j'ai décollé début août pour Shanghai (où je suis encore). J'ai visité Istanbul avec mes amis (peut-être que je développerai sur ce voyage). J'ai visité Hong Kong et j'y ai retrouvé des personnes que j'apprécie sans pourtant bien les connaître. J'ai fait une rencontre amicale fantastique qui m'a menée jusqu'à Singapour, Malacca et qui aurait dû me mener jusqu'en Thaïlande si les choses s'étaient déroulées comme prévu.
Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, et j'ai dû rentrer en France pour une opération fin janvier 2016, et j'ai repris les cours comme prévu fin février. J'ai passé deux mois en ermite, en tristesse, en fatigue, et bien que je ne comprenne pas totalement ce mouvement de repli, je ne peux que supposer que j'ai eu le mal du pays (de ma famille et de mes amis) et que j'accusais le contrecoup de mon opération.

J'ai beaucoup déménagé, depuis que j'ai "quitté" la demeure familiale à 18 ans. J'ai passé 3 ans à Paris en internat, en rentrant chez mes parents le week-end. J'ai passé 1 an et demi à Nantes dans mon premier vrai appartement. Je suis revenue à Paris pour 6 mois (toujours les week-ends chez mes parents), je suis repartie à Nantes pour 6 mois (sans rentrer à la maison). J'ai découvert Bruxelles pendant 6 mois, puis Shanghai pendant un an (bientôt). J'ai beaucoup appris sur mes envies et sur mes intérêts et sur mon mode de vie. J'ai eu de la chance, beaucoup. J'ai été ingrate, beaucoup.
Je ne sais pas ce que je fais quand je rentre. Je ne sais pas si je retourne dans la demeure familiale en banlieue ou si je cherche un appartement à Paris. Je vois des avantages et des inconvénients dans les deux solutions. J'oppose les arguments pratiques aux arguments émotionnels. Je ne sais pas qui remporte le match.

Quoi qu'il en soit, je veux revenir ici, sur Madness of Love. Je veux poser des mots sur mes sentiments. Je veux retrouver mon espace d'expression.

Le renouveau.

Mardi 28 octobre 2014

Cela fait depuis N. que je ne suis pas tombée amoureuse. Ou tombée librement sous le charme de quelqu'un.
 
J'ai exagéré et j'ai dit que j'étais amoureuse de BP. J'étais et je suis encore sous son charme, mais il y a "ce truc" qui m'empêche d'être librement sous son charme. Peut-être que "ce truc", c'est mon cerveau. Peut-être que "ce truc", c'est juste qu'on n'a aucune complicité.
Un peu avant, j'ai eu H., et en effet, j'étais plus que sous son charme, mais je n'y suis pas tombée librement. J'ai tant hésité et tourné en rond qu'on ne peut pas parler de liberté. J'ai mis tellement de temps qu'on ne peut pas parler de liberté. Je ne pense pas avoir été amoureuse, ou peut-être quelques heures (semaines) (mois), mais je ne le suis plus.
Le-mec-sur-qui-je-ne-dois-pas-crusher : rien que son surnom enlève toute idée de liberté. Et évidemment que je ne suis jamais tombée amoureuse de lui.
Et si on remonte encore, on tombe sur S., qui avait une copine, puis sur N.
 
Mais là, j'ai l'impression que pour la première fois depuis N., c'est différent. J'ai l'impression de renouer avec la liberté de tomber sous le charme de quelqu'un. J'ai l'impression que je n'ai plus peur de rien et que je ne me contrôle plus aussi strictement.
Et pourtant, je devrais. Il me reste 2 mois dans cette ville, je pars 6 mois à Bruxelles, je pars 1 an à Shanghai, je reviens en France, je vis avec R.. Si j'écoute mon cerveau, évidemment que je devrais, rationnellement ce n'est pas sain de développer une attirance pour lui. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais me contrôler. Je me sens vivante. Je me pose des questions, certes, mais je prends les choses comme elles viennent.
 
Je lui ai dit des tonnes de choses. Il m'a dit des tonnes de choses.
J'ai été plus ouverte avec lui et lui ai dit plus de choses très privées qu'à n'importe qui d'autre (sauf R.). Il sait que je suis bisexuelle, que je ne me pose pas de questions dans la vie, que j'ai des rencards à gauche à droite, que je ne souhaite pas être en couple parce qu'il me reste 2 mois (enfin, je crois qu'il sait ça), que j'ai eu des expériences passées très malencontreuses (pour ne pas dire plus), que je n'ai aucune libido en ce moment, il sait pour le-mec-sur-qui-je-ne-dois-pas-crusher, il sait pour Mc. et que Mc. revient bientôt dans ma vie. J'ai essayé de me rendre asexualisable à ses yeux avec des réflexions diverses, notamment en parlant de mes ex.
Je sais qu'il considère que c'est étrange d'écrire beaucoup de SMS à une fille. On communique très très très souvent par SMS, surtout quand on est en classe, depuis le 1er octobre (j'ai regardé l'historique), et vendredi dernier il m'a envoyé un message à minuit, on a continué jusqu'à 3 heures du matin, on a continué samedi, et dimanche, et lundi, et lundi c'est aujourd'hui, et je n'ai pas l'habitude de faire ce genre de choses.
Je ne sais pas quoi en penser, parce que je me suis posée en tant que pote pour éviter les dérives, mais je n'ai pas su empêcher la dérive. Je ne peux pas empêcher le fait de ne pas avoir de libido mais d'avoir des poussées de désir en pensant à lui, je ne peux pas empêcher le fait de ne pas vouloir de relation mais d'être attirée par la totalité de ce qu'il est, je ne peux pas empêcher le fait qu'on se fasse des compliments cachés. Je ne peux pas empêcher mon attirance de s'être éveillée depuis vendredi soir.
 
Je me souviens que je suis allée vers lui dès le début, sans aucune pensée autre qu'amicale, je ne me souviens pas exactement de ce que j'ai dit mais simplement "ne te moque pas", il a répondu "j'ai rien dit". Je me souviens que je lui ai proposé de venir boire un verre "avec nous", les gens de la classe, et qu'il ne pouvait pas. Je me souviens du premier cours à l'Exe et de son message de la veille et du moment où j'ai pris son numéro. Je me souviens qu'on s'est rapprochés en tant que potes. Je me souviens de cette soirée où ils se sont maquillés, où je les ai complimentés sans cesse, où il était bourré et où je me suis inquiétée. Je me souviens l'avoir pris dans mes bras et l'avoir embrassé dans le cou, seule partie du visage qui n'était pas maquillée. Je me souviens qu'il m'a envoyé un message sur FB le lendemain puisqu'il n'avait plus son portable, et que j'ai lancé sans réfléchir "on se capte ?", et qu'on est allé manger japonais le soir même.
Je me souviens vaguement, temporellement, doucement. Et tout s'est accéléré.
 
Et je ne sais que penser de tout cela.
 
Je me sens simplement vivante, et libre de tomber sous son charme.

L'image de la femme ?

Samedi 6 septembre 2014

Aujourd'hui, j'ai été (très probablement) "chahutée" pour avoir porté un décolleté plongeant. (Oh, il y a toujours le-mec-sur-qui-je-ne-dois-pas-crusher pour se réjouir de mes seins, je ne me fais pas de souci, pour qu'il m'en parle à 1h30 du soir/matin ça doit être particulièrement sympa...)
J'étais en cours toute la journée, le même cours. Je ne suis qu'avec des nouveaux camarades que je ne connais pas vraiment, car c'est la promotion au-dessus de moi, mais eux peuvent me connaître comme "la fille qui s'est blessée devant toute l'école" (oui oui) (luxation de rotule il y a deux ans) (oh la la c'est la deuxième année que je suis à l'école, c'est fou). Bref. L'après-midi, la feuille d'émargement passe, et quelle surprise ! un cœur à côté de mon nom et un numéro de téléphone. Mis à part l'idée que c'est une feuille "publique", que le professeur récupère (donc merci pour mon image), je ne peux pas m'empêcher de penser (et d'en être sûre...) que c'est une blague de mauvais goût de la part d'un (groupe de ?) mec(s). Je connais les gens de mon école, je sais qu'ils sont comme ça. J'ai des amies qui pensent que ça aurait pu être sérieux... mais non, elles ne connaissent pas ces gens comme moi je les connais. Elles ne savent pas que tout est prétexte à un concours d'humour géant, que c'est à qui fera le plus rire sa classe. Elles ne savent pas qu'on tourne tout en dérision, sans aucune exception.

Et puis. Un de mes meilleurs amis me dit "tiens, "Machin" m'a demandé dès qu'il m'a vu si toi et moi avons couché ensemble, et il dit que tu t'es fait tout *nom de l'asso*". Pardon ? "Machin", ce n'est pas très prudent de ta part de faire courir des rumeurs sur ma pomme quand toi, quand on s'est vus dans ton lit, tu as été impuissant. Pardon mais non, ce n'est ni prudent, ni sympathique. D'autant plus que (cela ne change strictement rien sauf à rétablir la vérité) je n'ai couché avec aucun des 3 que j'ai embrassés. Du coup, si tu ne tiens pas à passer pour un mec aigri incapable d'accepter, comme un adulte, que tu n'avais pas spécialement envie de coucher avec moi, je pense que tu ne veux pas te retrouver sur mon chemin à l'avenir. Espèce d'ordure.

Du coup, j'y ai pensé. À l'image de la femme et à la mienne. Ce n'est clairement pas la première fois qu'on spécule sur ma vie privée en public. La première fois, il y a deux ans, j'ai été quelque peu indignée pour moi, mais je pense que cela m'a plus touchée que ce que je pense. Et aujourd'hui ? Aujourd'hui, à la lumière des deux petits événements qui me sont arrivés, je peux dire que ça me touche encore, mais pas personnellement. Ça ne m'embête pas que ma vie privée soit publique, en soi, j'assume tout ce que je fais même si je ne m'en vante pas.

Ce qui m'ennuie, c'est qu'il semblerait que parce que je suis une personne de sexe féminin, je sois vue comme une catin/salope/pute/ne pas rayer la mention inutile, juste parce que je pratique (parfois !) le sexe de manière consentante. Ouais, je sais, crime de lèse-majesté, je mérite la prison. Bien entendu, un garçon qui fait la même chose, c'est juste un tombeur qu'on se doit de féliciter, parce que les garçons ont besoin de sexe, pas comme les filles qui ont besoin d'amour. (Vous m'entendez vomir au fond de la classe ?)

Ce qui m'ennuie, c'est d'être remarquée pour mes seins et non pour mes mots, mes centres d'intérêts, ma personnalité. "Elle a une forte personnalité" = "elle a de gros seins". Dans quel monde vit-on ? Est-ce que je peux accéder à un poste élevé sans qu'on pense que j'ai couché ? Non. Impossible, même dans mon milieu actuel, censé être "en avance". Est-ce que, moi, je regarde l'entrejambe d'un mec avant de choisir si je veux lui parler ? (Non, je regarde ses fesses. Je rigole, ce n'est pas un critère éliminatoire. Je suis sympa envers les mecs qui n'ont pas de belles fesses, quand même.) Et bien sûr, un garçon sera apprécié s'il a un sens de l'humour hors du commun, une fille sera juste une castratrice pas du tout attirante.

Ce qui m'ennuie, c'est d'être réduite à un objet ou à une victime.
Je veux être tellement plus.
Je veux qu'on me considère comme un être humain.
Je veux qu'on accepte l'idée que j'ai des émotions. Je veux qu'on accepte l'idée que tous les êtres humains ont des émotions, même les garçons. (Sacrilège !)
Je veux qu'une femme ait les mêmes droits qu'un homme.
Je veux que les stéréotypes genrés n'existent plus. Je veux pouvoir regarder quelqu'un conduire mal une voiture sans me dire "une femme doit être au volant".
Je veux que mon salaire soit aussi élevé que celui de mon camarade homme qui fait les mêmes études que moi.
Je veux que mes compétences soient reconnues et ne pas passer pour celle qui a couché pour réussir.
Je veux que mes seins n'occultent plus mes paroles.

Je pense que je peux attendre longtemps, quand je vois l'état de mes camarades. Camarades qui étudient dans une grande école et seront donc, probablement, à des postes haut placés hiérarchiquement et capables de prendre des décisions.

J'ai peur pour l'avenir. Mais je suis également optimiste.

Je crois que des efforts sont réellement faits par les gouvernements occidentaux, notamment français.
Je crois que mes amis sont les meilleurs du monde et qu'ils m'aiment malgré mon décolleté plongeant.
Je crois que si mes amis ne sont pas sexistes, un grand nombre de personnes pourraient ne pas l'être avec un minimum d'éducation et d'arguments.
Je crois que le bon sens va, un jour, reprendre le dessus dans ce monde. (Ah non, ça c'est sûrement impossible. Tant pis.)

Superficielle.

Mardi 12 août 2014

J'ai envoyé un e-mail explicite à Mc., récemment. Où je lui disais des choses que j'aurais dû lui dire il y a bien longtemps. Jusqu'à aujourd'hui, il a été la seule relation un tant soit peu stable que j'ai eue. Je ne l'ai jamais aimé, pas comme il aurait aimé, mais je lui ai expliqué.
Et la chose qui ressort le plus, c'est ma peur des relations. Pas seulement amoureuses, aussi amicales. J'ai peur de trop donner et qu'on ne me rende rien, qu'on me prenne tout et qu'on me laisse démunie. Il faut croire que mon expérience avec N. n'a pas été des plus joyeuses, et m'a fait perdre toute la confiance juvénile que j'avais à l'époque.

Après N., mon blog n'a plus eu lieu d'être. J'ai eu des crushs, plus ou moins importants, j'ai eu S. durant quelques petits mois, j'ai eu H. pendant une grosse année, et j'ai eu le-mec-interdit en dents de scie depuis mon arrivée à l'école.
N., c'était en 2011. Cela fait trois ans que je traîne ce blog un peu comme une ombre, voulant l'alimenter mais ne sachant pas trop quoi dire, puisque je tourne en rond.

C'est bien beau de savoir que j'ai peur des relations amoureuses, et de savoir pourquoi aussi, mais j'aimerais bien ne plus avoir peur. Grandir un peu. Arrêter de ne pas vouloir m'impliquer. Arrêter de mettre de la distance dans toutes mes relations, même avec R. parfois.

Ce comportement me suit aussi dans d'autres aspects de la vie. Je ne sais pas aimer profondément les choses, je ne sais que les effleurer.
J'aime tout, j'aime apprendre sur tout, mais je ne me spécialiserai jamais dans un domaine de connaissances. Je connais des choses importantes sur la physique, la chimie, la finance, le marketing, la géographie, l'histoire, les technologies (Linux, certains langages informatiques), la philosophie, je picore un peu dans tous les domaines, je sais peu d'éléments sur beaucoup de rayons, mais je ne saurai jamais réparer un ordinateur ou parler de l'histoire de la Russie.
J'aime énormément Doctor Who, au point d'acheter des objets dérivés. Mais je n'ai jamais regardé les épisodes deux fois (sauf certains). J'aime beaucoup Sherlock (la série avec Benedict Cumberbatch), mais je n'ai pas encore re-regardé les épisodes de la saison 3 alors que je ne les ai pas tous compris, comme je les ai vus en buvant et mangeant des pizzas avec mes copines. J'adore regarder Teen Wolf (principalement parce que je rigole et que je me sens à nouveau teenager devant les épisodes) mais je ne vais pas du tout investiguer le fandom, je ne connais rien sur la vie des acteurs par exemple. La seule exception est Harry Potter, peut-être parce que je les ai découverts tôt.

C'est fatiguant d'avoir beaucoup de centres d'intérêt, parce que je suis incapable de me concentrer et que je m'éparpille. C'est mal vu de s'éparpiller, ce n'est pas très "adulte". Et je suis, malheureusement, sur le point de devenir une adulte très bientôt. Je commence à être respectée quand je vais en stage, je vais bientôt vivre seule pendant longtemps dans un pays qui n'est pas la France (j'ai grandi en France et j'en ai la nationalité), je m'occupe de mes propres démarches administratives (depuis des années, certes, mais avant je n'avais pas grand-chose à faire).

Grandir, c'est génial, j'aimerais bien être prête, mais je ne le suis pas totalement.

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