S'allonger. S'apaiser.

Mercredi 22 juin 2016

J'ai encore tout plein de choses à faire par rapport à ce blog. J'ai un été entier pour le remettre à flots.

Je n'ai pas envie de supprimer ou de cacher les débuts, même si, à relire, j'ai parfois des frissons d'inconfort. Je pense que c'est important de voir comment j'ai évolué, même si en réalité je n'ai pas énormément évolué (mais vous n'êtes pas obligés de vous en rendre compte). Ceci dit, cela ne ferait pas de mal aux vieux articles d'être "mis à jour" au niveau des musiques et des photos. Et j'aimerais bien reprendre cette logique d'un article avec une musique.

Je pense modifier les catégories, à terme. J'adore classer et ranger, faire semblant d'être organisée. Le souci ici, c'est que j'ai grandi, que beaucoup d'anciennes catégories n'ont plus tellement de sens, et surtout, que la masse de mes articles me fatigue d'avance.

Je n'arrive pas à reprendre un abonnement Premium pour l'instant, mes cartes bancaires ne fonctionnent pas. Cela me rend un peu triste, j'aimais bien quand mon blog était joli. En revanche, je ne sais plus tellement bidouiller CSS ou HTML. J'ai cru comprendre que Cowblog serait intégré à Eklablog, mais cela semble en suspens...

J'ai envie de parler de choses un peu différentes et de ne pas seulement parler de mes sentiments. J'avais déjà commencé à l'époque où j'étais "active" ici, je parlais de mes lectures et des séries et films que je regardais. Cela va (un peu) recommencer, parce que j'ai repris la lecture et les séries, bien que j'aie un peu abandonné les films.

Je ne tiens pas de journal intime, parce que mon inconstance rendrait cette initiative obsolète dès les premiers jours. Mais ce blog, c'est aussi un peu mon journal intime public. Je n'y vois pas d'inconvénient à parler de moi et de mes sentiments, tant que les personnes qui me connaissent "IRL" n'en ont pas l'adresse. C'est contradictoire, mais finalement je pense qu'il est toujours plus facile de se confier à des inconnus qu'à des gens qui existent dans nos vies sans être proches. C'est la barrière du jugement.

Je sais que je l'ai déjà dit par le passé, que je reviendrais, que je partais, etc. Mon absence ici coïncide avec mon absence d'appartenance à un lieu dans ma vie (comprendre, j'ai énormément déménagé depuis que j'ai arrêté d'écrire ici), et mon retour coïncide avec mon retour en région parisienne et mon installation (peut-être définitive). J'ai eu besoin d'un temps hors de cet espace qui ne me semblait plus aussi sacré. J'ai compris que ce n'était pas grave qu'il ne soit plus sacré, c'est toujours mon espace. Et j'ai eu besoin de m'adapter à chaque fois à mon nouvel environnement, et l'énergie que j'y consacrais était importante.
Je ne veux pas faire de promesses que je ne tiendrai pas. J'ai envie de revenir, j'ai à nouveau envie d'écrire un petit peu. J'ai besoin de parler de beaucoup de choses. Que je sois lue ou non a toujours été d'importance minime, et encore plus aujourd'hui.

C'est agréable de poser ses bagages.
Ceux que j'ai laissés en France derrière moi me manquent. Je ne vais pas longuement développer parce que c'est inutile, mais par exemple la facilité que j'ai à discuter avec R. me manque terriblement, j'ai tendance à moins dire les choses avec lui virtuellement, la distance physique et horaire complique aussi mes relations avec les autres amis que j'ai, même si Internet existe (et j'en suis véritablement reconnaissante).

Mes rencontres ici sont presque inexistantes, et à vrai dire, j'ai l'impression que je me suis changée de personnalité en arrivant ici, et que ma vraie personnalité est un peu ressortie quand j'ai fait mon "reset" et que je suis retournée en France pour un mois. C'est très étrange, c'est une sensation d'incomplétude. C'est une manière très peu intelligente de me cacher et surtout de me prémunir contre d'éventuelles déceptions.
Je sors moins, je bois moins, je suis plus introvertie. L'envie d'aller en boîte m'est passée après mes années d'école de commerce, en partie parce que nos soirées boîte étaient très "corpo" et donc "safe" à mes yeux, et que mes rares excursions en boîte "classique" se sont toujours soldées par des sollicitations lourdes et répétées et toujours refusées mais jamais comprises, en partie parce que j'ai moins de résistance à la fatigue. Les boîtes ici sont faciles d'accès et gratuites, et l'alcool y est également gratuit, mais c'est un piège : cet alcool n'est pas bon du tout, même en minuscules quantités : un unique verre et le lendemain est déjà une épreuve ; sans compter que l'absence de bonne bière (j'ai passé du temps à Bruxelles) et de bon vin (je suis française) m'a trop manqué pour que j'apprécie boire. Pour mon introversion, je suis sûre que c'est l'environnement et l'absence de mes amis "habituels" qui m'y poussent, mais sans regret : j'ai toujours eu besoin d'un peu de temps pour moi-même.

Je suis quelqu'un qui, d'ordinaire, noue des relations fortes et rapides. À Bruxelles, j'avais mon co-stagiaire, je l'aimais et il m'aimait, platoniquement (est-il besoin de le préciser ?), et c'est arrivé vite, sans chichis, sans arrière-pensées. On ne se voyait pourtant pas si souvent que cela (une à deux fois par semaine), on ne discutait presque jamais quand on ne se voyait pas, on n'avait pas tant de points communs que cela, mais je crois qu'on a noué des liens sur des sujets forts, un peu comme Hermione et Harry et Ron au début, et on s'est revus l'été suivant mon stage (et comme j'ai décollé pour la Chine juste après, c'était plus compliqué pour se voir, hum). Oui, décidément, je suis forte pour les relations intenses, généralement avec le sexe opposé (un jour, je réfléchirai peut-être aux raisons).
Je suis quelqu'un qui, d'ordinaire, va vers les nouvelles personnes et organise des activités et ne rechigne jamais à sortir. J'ai fait mon dernier semestre à Nantes avec des personnes que je ne connaissais pas du tout, et cela ne m'a pas empêché de nouer de belles relations amicales, j'en suis ressortie un peu cabossée et grandie, par des amitiés "éclair" et des amitiés durables, et la combinaison de ce que j'ai vécu durant ces 4 courts mois m'a sans aucun doute fait du bien. J'ai organisé le premier verre de notre classe, j'ai fait un nombre incalculable de pré-soirées et de soirées tout court, j'ai beaucoup rigolé, j'ai aimé sans compter, c'était un beau semestre (même si sans R. c'était parfois douloureux). J'étais ouverte aux nouvelles rencontres, même si je n'ai jamais prolongé les premiers rendez-vous à l'époque. J'étais plus éphémère que durable...

Partir en se disant "j'ai un an" a des côtés positifs et négatifs, du point de vue amical.
Je pense que j'arrive à une période de ma vie où nouer de nouvelles amitiés est moins important pour moi : j'ai quelques très bons amis en France, beaucoup à vrai dire, la plupart que j'ai rencontrés à l'école ou sur un forum (de filles), et j'ai également de nombreuses connaissances, qui datent à la fois du lycée et de l'école, que je revois plus sporadiquement, et cela me permet d'avoir une vie sociale à mon goût en France. Ici, j'ai aussi le nombre de relations qui me convient : je sors à mon goût, j'ai toujours quelqu'un avec qui discuter si j'ai envie, j'apprécie un nombre limité mais non négligeable de personnes avec qui je pense garder contact si nos vies le veulent bien.
Une autre remarque, certes beaucoup moins importante pour justifier les amitiés que j'ai nouées : je suis également beaucoup plus exigeante sur mes amitiés, je m'engage un peu sur la durée. Dans mon université ici, la plupart des étudiants en échange viennent de France, et il faut quand même avouer que les produits d'école de commerce sont "particuliers" (les clichés ne sont pas si faux) et je ne suis pas particulièrement attirée par ce genre de personnes (qui est certes minoritaire dans le groupe de personnes à qui je parle, vu que je ne suis pas masochiste et n'ai pas tendance à parler à des personnes qui ne me plaisent pas).
Je suis aussi beaucoup moins "positive" sur les gens, malgré le fait que j'en ai rencontré de fantastiques ici et ailleurs. Je pense que je vois beaucoup de négativité, et mon côté optimiste s'éteint un peu, je voudrais toujours ne voir que du bien chez les gens mais je me convaincs (et j'observe aussi) que c'est l'égoïsme qui motive les gens et que j'ai aussi le droit d'être un peu égoïste. J'ai grandi mon égoïsme, même si ma nature fait que je ne pourrai jamais l'être complètement et que je pense aussi beaucoup à l'autre et à la manière dont mes actions le touchent. Je ne pense pas que ce soit incompatible, d'ailleurs. Mais simplement, en ne me "donnant" pas entièrement aux personnes dès le début me permet d'avoir des relations amicales plus saines.

Et puis, je pense beaucoup à mes amis mais je ne le leur manifeste pas toujours. En plus, avec les réseaux sociaux, ça devient un peu facile et superficiel : je reçois un Snapchat d'une personne dont j'étais proche il y a longtemps, et paf, ça fait comme une connexion qui renouvelle nos liens amicaux, sauf que moi, j'aime pas trop les réseaux sociaux (et qu'en vérité, ouvrir son Snap ne me rend pas plus proche de lui). Tout du moins, j'aime pas trop trop y afficher mes activités, et j'aime pas trop trop les utiliser. Et c'est dommage parce que ça coûte peu d'écrire un MP ou d'envoyer un e-mail, mais je ne sais pas, je fais un blocage parfois. (Ça me fait penser à John Green qui disait que son blocage c'était de mettre une lettre à la poste alors qu'aux Etats-Unis c'est un geste facile, il suffit de mettre la lettre dans la boîte et de remonter le petit drapeau. Il peut écrire la lettre, mettre le timbre, mais le geste de l'envoyer lui semble atrocement difficile. Bah moi, quand je veux écrire un MP ou un e-mail, j'ai besoin de l'écrire sur ma to-do-list, sinon je ne le ferai jamais.)
Mes parents ont des amis qu'ils n'avaient pas vus depuis une décennie, et pourtant j'ai l'impression que ces personnes les considèrent encore comme des amis (à voir la façon adorable dont ils me traitent !). La notion d'amitié en Chine est quelque peu différente, j'ai l'impression. Mais de manière générale, les relations sont différentes entre les gens, elle est en grande partie fondée sur les cadeaux et le besoin de garder la face, ce qui n'empêche pas qu'on puisse sincèrement compter sur ses amis.

En somme, j'ai des amitiés chères à mon cœur, je ne me précipite pas pour en faire de nouvelles, j'envisage toutes mes amitiés dans la durée, j'ai des relations moins profondes et plus nombreuses, je suis moins ouverte et moins facile d'accès, je le vis bien, je change.
En illustration, je peux vous dire qu'au milieu de la rédaction de cet article, j'ai écrit un court message à 3 de mes anciens amis, qui m'ont tous immédiatement répondu. C'est facile, en fait. Il faut juste accepter d'y passer quelques minutes de son temps, et sincèrement, le résultat est tellement plus agréable que la difficulté de passer à l'acte, c'est gratifiant de prendre les devants.
J'essaie de rationaliser. Toujours. Mon premier instinct est de ressentir, mon deuxième instinct est de minimiser. Mon troisième instinct est de ressentir, mon quatrième instinct est de rationaliser. C'est infini. C'est inconstant. Cela me convient. À peu près.

Je ne connais pas très bien M. (le Monégasque). Il s'entend très bien avec R. et le voit régulièrement ; R. est l'homme de ma vie (depuis bientôt quatre ans). Mais R. compartimente beaucoup ses relations amicales, et il se trouve que je ne suis pas compartimentée avec M. (sans rancune). Je crois que durant notre année et demie à l'Ecole, nous avons dû aller au cinéma deux fois en groupe, et je ne m'en souviens presque pas. Et puis, en mars 2014, j'ai rendu visite à R. et passé un peu plus de temps avec M., sans tomber sous son charme, tout à fait le contraire. Et puis, un jour d'été de la même année, j'ai appelé R. et suis tombée sur M. et ai discuté cinq minutes avec lui, sans tomber sous son charme, mais peut-être un tout petit peu.
Et puis, au printemps 2015, on se retrouve à Istanbul. Je visualise très bien le moment où tout a basculé pour moi. C'était à la toute fin, en plus. L'après-midi, on avait passé une heure à se promener dans la ville juste tous les deux. Le soir, je m'étais expliqué sur le cas R. parce que j'ai sous-entendu qu'il était gay et M. ne le savait pas (et il s'est avéré que d'une, M. n'avait pas remarqué ma parole douteuse, de deux, il s'en fiche de l'orientation de son ami, de trois, il pensait que R. et moi étions un couple).

(Quand j'y pense, je vois presque toujours le moment où ça bascule dans mes précédentes relations : c'est le moment où j'estime qu'un geste n'est pas amical mais "autre chose". Comme le jour où H. et moi avons passé trois heures en bas de chez lui à discuter. Comme le moment où M. m'a dit que j'étais quelqu'un de bien et qu'il a posé sa main sur mon mollet quand on était étalés sur le lit et qu'on rigolait tous ensemble.)

Je ne connais toujours pas très bien M. Quand je mens à R., c'est-à-dire dès qu'on évoque M., je lui dis que mes sentiments se résument à une sorte d'intérêt pour qu'on devienne potentiellement un couple. Ce qui n'est pas totalement faux, mais qui est surtout un énorme, gigantesque euphémisme. Je ne sais pas pourquoi je ressens ce que je ressens. Je n'ai aucune raison logique. (J'ai relu les articles du blog liés à N. et je n'ai jamais partagé quoi que ce soit d'aussi fort avec M., je n'ai pas passé la nuit à discuter avec lui, et d'autres choses dont je n'ai pas envie de me rappeler parce que c'est douloureux.)
Rien n'est suffisant pour expliquer. Il est gentil et prévenant (à m'envoyer des articles qui évoquent Shanghai et ce genre de trucs), mais mon ami MA. l'est aussi (et MA. m'a écrit que ça lui fendait le cœur de m'annoncer qu'il ne serait pas en France cet été, donc clairement il gagne la manche). Je le trouve chou (avec sa bouille et sa manière de parler et son surnom de "lapin" ou de "petiot"), mais je ne suis pas la seule (et les autres ne ressentent rien d'étrange pour lui). Il est intéressant et cultivé et intelligent (la géopolitique c'est son dada), mais R. l'est aussi (sur la politique, la religion, la culture, etc). On aime les mêmes séries (comme des millions de gens sur Terre). Il sent bon (comme des dizaines de gens dans ma vie).
Ses intérêts deviennent un peu les miens (pas vraiment, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à lui quand quelqu'un met l'équipe de foot qu'il supporte, l'un des autres sports, ou la langue qu'il apprend sur mon chemin). Je n'ai envoyé que quatre cartes postales depuis mon arrivée : une à H., une à mon frère, deux à M. Je lui ai envoyé un roman que j'avais apprécié et que je pensais qu'il aimerait pour son anniversaire.

Certains jours, mes sentiments sont dormants et calmes et ne me font pas mal. Ces jours-là, je me dis que ce ne serait pas terrible de ne pas lui dire ce que je ressens, et que je pourrais passer à autre chose dès mon retour. Ces jours-là, je me rends compte que ce que j'ai dit à R. n'était que la pure vérité et que je suis très froide dans mon intérêt pour M. Ces jours-là, j'écris cet article.
Certains jours, j'ai l'impression de brûler d'amour pour lui et que cela me définit. Ces jours-là, je pleure pour tout et rien et je m'enfonce dans mon lit. Ces jours-là, je parle de lui à mes amis et je me sens légitime dans mes sentiments. Ces jours-là, je me sens coupable de mentir à R. Ces jours-là, je relis un ancien document que j'ai rédigé quand je n'en pouvais plus.

M. ressemble à H., sur certains points. Il semblerait que je sois attirée par les mecs avec qui je n'ai aucune chance de construire quelque chose, parce que ces mecs-là ne sont pas intéressés (ou ne montrent aucun intérêt) pour les relations sentimentales. Et bien sûr, je ne tente rien avec eux, je ne leur signale pas (pas par des mots) que je les aime bien. C'est simple pourtant, je me souviens que je l'ai fait une fois au lycée.
Et puis, je ne suis pas amoureuse. Je suis juste extrêmement touchée, attirée, chamboulée par eux. C'est une légère différence. Je ne ressens pas pour M. ce que j'ai ressenti pour N., soit parce que j'ai grandi et que je ne suis plus aussi naïve à me lancer dans un échec prévisible, soit parce que M. ne m'a pas donné de quoi ressentir autant que pour N., soit parce que je suis cynique et que je ne crois plus en l'amour.

Je ne crois plus en l'amour. Ou presque.
Je ne crois plus que mes sentiments suffisent pour me déclarer amoureuse.
Je ne crois plus qu'il faille être amoureux passionné pour être un couple durable.
Je ne crois plus que le premier regard établit une base pour une relation. Aujourd'hui, j'ai un certain nombre de relations amicales (ou s'en rapprochant) (notamment M.) sur lesquelles je n'aurais jamais parié dessus au premier regard.

J'ai envie d'aborder M. avec plus de maturité ; j'ai envie qu'on ait des rendez-vous au cinéma et au restaurant ; j'ai envie de lui dire que je l'aime bien et que ça ne change rien s'il n'a pas envie de se lancer dans une relation avec une inconnue (parce que c'est vrai, ça ne change rien, et je suis une presque inconnue).
J'ai envie de regarder M. et de ne pas ressentir cette envahissante tendresse.
J'ai envie que mes sentiments pour M. ne soient qu'amicaux.

Is it ancient love?

Samedi 14 mai 2016

J'ai l'impression que cela fait une éternité. Mais cela ne fait que deux ans. Deux ans durant lesquels j'ai vécu des choses incroyables et j'ai stagné à la même place. Deux ans durant lesquels j'ai continué à établir des routines de vie et j'ai avancé si loin que je ne sais plus où je suis. Deux ans.
Une partie de moi regrette de ne pas avoir été plus assidue à la tenue de ce blog. Je n'aurais pas eu beaucoup à dire, mais peut-être suffisamment pour me souvenir. Et remonter les pages du blog me renvoie en pleine face la puissance de mes sentiments de l'époque, et contraste incroyablement avec les deux dernières années que je viens de vivre.
C'est paradoxal.

Je n'ai pas écrit depuis 2014. En janvier 2014, j'entamais mon premier "vrai" stage en entreprise, en finance. Il m'a permis de découvrir ce que j'aimais faire et de dessiner ma future carrière professionnelle. Mais en janvier 2014, j'entamais aussi une longue période d'absence totale de libido. C'est étrange à exprimer, mais c'est resté calme de ce côté, et ça m'a permis de voir un peu mieux ce que je voulais.
Aujourd'hui, j'ai signé une promesse d'embauche dans un département Finance et j'alterne entre les périodes où j'en suis vraiment contente et les périodes où je suis certaine que cela va me détruire. Aujourd'hui, je sais que je suis asexuelle, probablement greysexuelle, peut-être demisexuelle mais sans certitude, au fond on s'en fiche un peu du nom, je le vis très bien.

Entre temps, j'ai eu un deuxième stage, toujours en finance, et j'ai gagné confiance en mes capacités techniques et en mon travail professionnel. Entre temps, j'ai appris que je confondais tout : être amoureuse, être sous le charme, être fascinée, être passionnée, et encore d'autres synonymes. Je crois que je peux comprendre le succès des histoires d'amour. Je crois aussi qu'il n'y a plus besoin d'analyser tous ces sentiments, que l'important est de les reconnaître, et que si en les reconnaissant je fais une erreur, tant pis. Je crois aussi que je suis une personne très émotionnelle, qui s'attache facilement aux gens, et qu'une autre partie de moi est à égale force très logique et misanthrope.

Je me suis forgée en tant qu'adulte, je continue et je continuerai tous les jours jusqu'à ce que je ne le puisse plus. J'ai perdu en fraîcheur et en naïveté, j'ai gagné en force et en lucidité. On pourrait tout aussi bien dire que j'ai perdu en spontanéité et gagné en aigreur, mais tout est une question de mesure et de balance...

Mais j'ai eu beaucoup de mal. J'ai traversé des périodes où j'avais des tendances dépressives et une inclination à rester dans mon lit toute la journée. J'ai traversé des périodes d'autodestruction et d'insociabilité très fortes. J'ai ressenti une culpabilité monstre à ne pas être capable de me bouger ou de me résoudre à dormir. J'ai toujours été douée pour cacher et faire comme si tout allait bien.

J'ai aussi voyagé. J'ai passé toute l'année 2015 "ailleurs" : mes six premiers mois à Bruxelles, une des meilleures villes d'Europe, moins d'un mois chez mes parents / à la maison, puis j'ai décollé début août pour Shanghai (où je suis encore). J'ai visité Istanbul avec mes amis (peut-être que je développerai sur ce voyage). J'ai visité Hong Kong et j'y ai retrouvé des personnes que j'apprécie sans pourtant bien les connaître. J'ai fait une rencontre amicale fantastique qui m'a menée jusqu'à Singapour, Malacca et qui aurait dû me mener jusqu'en Thaïlande si les choses s'étaient déroulées comme prévu.
Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, et j'ai dû rentrer en France pour une opération fin janvier 2016, et j'ai repris les cours comme prévu fin février. J'ai passé deux mois en ermite, en tristesse, en fatigue, et bien que je ne comprenne pas totalement ce mouvement de repli, je ne peux que supposer que j'ai eu le mal du pays (de ma famille et de mes amis) et que j'accusais le contrecoup de mon opération.

J'ai beaucoup déménagé, depuis que j'ai "quitté" la demeure familiale à 18 ans. J'ai passé 3 ans à Paris en internat, en rentrant chez mes parents le week-end. J'ai passé 1 an et demi à Nantes dans mon premier vrai appartement. Je suis revenue à Paris pour 6 mois (toujours les week-ends chez mes parents), je suis repartie à Nantes pour 6 mois (sans rentrer à la maison). J'ai découvert Bruxelles pendant 6 mois, puis Shanghai pendant un an (bientôt). J'ai beaucoup appris sur mes envies et sur mes intérêts et sur mon mode de vie. J'ai eu de la chance, beaucoup. J'ai été ingrate, beaucoup.
Je ne sais pas ce que je fais quand je rentre. Je ne sais pas si je retourne dans la demeure familiale en banlieue ou si je cherche un appartement à Paris. Je vois des avantages et des inconvénients dans les deux solutions. J'oppose les arguments pratiques aux arguments émotionnels. Je ne sais pas qui remporte le match.

Quoi qu'il en soit, je veux revenir ici, sur Madness of Love. Je veux poser des mots sur mes sentiments. Je veux retrouver mon espace d'expression.

Le renouveau.

Mardi 28 octobre 2014

Cela fait depuis N. que je ne suis pas tombée amoureuse. Ou tombée librement sous le charme de quelqu'un.
 
J'ai exagéré et j'ai dit que j'étais amoureuse de BP. J'étais et je suis encore sous son charme, mais il y a "ce truc" qui m'empêche d'être librement sous son charme. Peut-être que "ce truc", c'est mon cerveau. Peut-être que "ce truc", c'est juste qu'on n'a aucune complicité.
Un peu avant, j'ai eu H., et en effet, j'étais plus que sous son charme, mais je n'y suis pas tombée librement. J'ai tant hésité et tourné en rond qu'on ne peut pas parler de liberté. J'ai mis tellement de temps qu'on ne peut pas parler de liberté. Je ne pense pas avoir été amoureuse, ou peut-être quelques heures (semaines) (mois), mais je ne le suis plus.
Le-mec-sur-qui-je-ne-dois-pas-crusher : rien que son surnom enlève toute idée de liberté. Et évidemment que je ne suis jamais tombée amoureuse de lui.
Et si on remonte encore, on tombe sur S., qui avait une copine, puis sur N.
 
Mais là, j'ai l'impression que pour la première fois depuis N., c'est différent. J'ai l'impression de renouer avec la liberté de tomber sous le charme de quelqu'un. J'ai l'impression que je n'ai plus peur de rien et que je ne me contrôle plus aussi strictement.
Et pourtant, je devrais. Il me reste 2 mois dans cette ville, je pars 6 mois à Bruxelles, je pars 1 an à Shanghai, je reviens en France, je vis avec R.. Si j'écoute mon cerveau, évidemment que je devrais, rationnellement ce n'est pas sain de développer une attirance pour lui. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais me contrôler. Je me sens vivante. Je me pose des questions, certes, mais je prends les choses comme elles viennent.
 
Je lui ai dit des tonnes de choses. Il m'a dit des tonnes de choses.
J'ai été plus ouverte avec lui et lui ai dit plus de choses très privées qu'à n'importe qui d'autre (sauf R.). Il sait que je suis bisexuelle, que je ne me pose pas de questions dans la vie, que j'ai des rencards à gauche à droite, que je ne souhaite pas être en couple parce qu'il me reste 2 mois (enfin, je crois qu'il sait ça), que j'ai eu des expériences passées très malencontreuses (pour ne pas dire plus), que je n'ai aucune libido en ce moment, il sait pour le-mec-sur-qui-je-ne-dois-pas-crusher, il sait pour Mc. et que Mc. revient bientôt dans ma vie. J'ai essayé de me rendre asexualisable à ses yeux avec des réflexions diverses, notamment en parlant de mes ex.
Je sais qu'il considère que c'est étrange d'écrire beaucoup de SMS à une fille. On communique très très très souvent par SMS, surtout quand on est en classe, depuis le 1er octobre (j'ai regardé l'historique), et vendredi dernier il m'a envoyé un message à minuit, on a continué jusqu'à 3 heures du matin, on a continué samedi, et dimanche, et lundi, et lundi c'est aujourd'hui, et je n'ai pas l'habitude de faire ce genre de choses.
Je ne sais pas quoi en penser, parce que je me suis posée en tant que pote pour éviter les dérives, mais je n'ai pas su empêcher la dérive. Je ne peux pas empêcher le fait de ne pas avoir de libido mais d'avoir des poussées de désir en pensant à lui, je ne peux pas empêcher le fait de ne pas vouloir de relation mais d'être attirée par la totalité de ce qu'il est, je ne peux pas empêcher le fait qu'on se fasse des compliments cachés. Je ne peux pas empêcher mon attirance de s'être éveillée depuis vendredi soir.
 
Je me souviens que je suis allée vers lui dès le début, sans aucune pensée autre qu'amicale, je ne me souviens pas exactement de ce que j'ai dit mais simplement "ne te moque pas", il a répondu "j'ai rien dit". Je me souviens que je lui ai proposé de venir boire un verre "avec nous", les gens de la classe, et qu'il ne pouvait pas. Je me souviens du premier cours à l'Exe et de son message de la veille et du moment où j'ai pris son numéro. Je me souviens qu'on s'est rapprochés en tant que potes. Je me souviens de cette soirée où ils se sont maquillés, où je les ai complimentés sans cesse, où il était bourré et où je me suis inquiétée. Je me souviens l'avoir pris dans mes bras et l'avoir embrassé dans le cou, seule partie du visage qui n'était pas maquillée. Je me souviens qu'il m'a envoyé un message sur FB le lendemain puisqu'il n'avait plus son portable, et que j'ai lancé sans réfléchir "on se capte ?", et qu'on est allé manger japonais le soir même.
Je me souviens vaguement, temporellement, doucement. Et tout s'est accéléré.
 
Et je ne sais que penser de tout cela.
 
Je me sens simplement vivante, et libre de tomber sous son charme.

<< After | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Before >>

Créer un podcast