Ceux que j'ai laissés en France derrière moi me manquent. Je ne vais pas longuement développer parce que c'est inutile, mais par exemple la facilité que j'ai à discuter avec R. me manque terriblement, j'ai tendance à moins dire les choses avec lui virtuellement, la distance physique et horaire complique aussi mes relations avec les autres amis que j'ai, même si Internet existe (et j'en suis véritablement reconnaissante).

Mes rencontres ici sont presque inexistantes, et à vrai dire, j'ai l'impression que je me suis changée de personnalité en arrivant ici, et que ma vraie personnalité est un peu ressortie quand j'ai fait mon "reset" et que je suis retournée en France pour un mois. C'est très étrange, c'est une sensation d'incomplétude. C'est une manière très peu intelligente de me cacher et surtout de me prémunir contre d'éventuelles déceptions.
Je sors moins, je bois moins, je suis plus introvertie. L'envie d'aller en boîte m'est passée après mes années d'école de commerce, en partie parce que nos soirées boîte étaient très "corpo" et donc "safe" à mes yeux, et que mes rares excursions en boîte "classique" se sont toujours soldées par des sollicitations lourdes et répétées et toujours refusées mais jamais comprises, en partie parce que j'ai moins de résistance à la fatigue. Les boîtes ici sont faciles d'accès et gratuites, et l'alcool y est également gratuit, mais c'est un piège : cet alcool n'est pas bon du tout, même en minuscules quantités : un unique verre et le lendemain est déjà une épreuve ; sans compter que l'absence de bonne bière (j'ai passé du temps à Bruxelles) et de bon vin (je suis française) m'a trop manqué pour que j'apprécie boire. Pour mon introversion, je suis sûre que c'est l'environnement et l'absence de mes amis "habituels" qui m'y poussent, mais sans regret : j'ai toujours eu besoin d'un peu de temps pour moi-même.

Je suis quelqu'un qui, d'ordinaire, noue des relations fortes et rapides. À Bruxelles, j'avais mon co-stagiaire, je l'aimais et il m'aimait, platoniquement (est-il besoin de le préciser ?), et c'est arrivé vite, sans chichis, sans arrière-pensées. On ne se voyait pourtant pas si souvent que cela (une à deux fois par semaine), on ne discutait presque jamais quand on ne se voyait pas, on n'avait pas tant de points communs que cela, mais je crois qu'on a noué des liens sur des sujets forts, un peu comme Hermione et Harry et Ron au début, et on s'est revus l'été suivant mon stage (et comme j'ai décollé pour la Chine juste après, c'était plus compliqué pour se voir, hum). Oui, décidément, je suis forte pour les relations intenses, généralement avec le sexe opposé (un jour, je réfléchirai peut-être aux raisons).
Je suis quelqu'un qui, d'ordinaire, va vers les nouvelles personnes et organise des activités et ne rechigne jamais à sortir. J'ai fait mon dernier semestre à Nantes avec des personnes que je ne connaissais pas du tout, et cela ne m'a pas empêché de nouer de belles relations amicales, j'en suis ressortie un peu cabossée et grandie, par des amitiés "éclair" et des amitiés durables, et la combinaison de ce que j'ai vécu durant ces 4 courts mois m'a sans aucun doute fait du bien. J'ai organisé le premier verre de notre classe, j'ai fait un nombre incalculable de pré-soirées et de soirées tout court, j'ai beaucoup rigolé, j'ai aimé sans compter, c'était un beau semestre (même si sans R. c'était parfois douloureux). J'étais ouverte aux nouvelles rencontres, même si je n'ai jamais prolongé les premiers rendez-vous à l'époque. J'étais plus éphémère que durable...

Partir en se disant "j'ai un an" a des côtés positifs et négatifs, du point de vue amical.
Je pense que j'arrive à une période de ma vie où nouer de nouvelles amitiés est moins important pour moi : j'ai quelques très bons amis en France, beaucoup à vrai dire, la plupart que j'ai rencontrés à l'école ou sur un forum (de filles), et j'ai également de nombreuses connaissances, qui datent à la fois du lycée et de l'école, que je revois plus sporadiquement, et cela me permet d'avoir une vie sociale à mon goût en France. Ici, j'ai aussi le nombre de relations qui me convient : je sors à mon goût, j'ai toujours quelqu'un avec qui discuter si j'ai envie, j'apprécie un nombre limité mais non négligeable de personnes avec qui je pense garder contact si nos vies le veulent bien.
Une autre remarque, certes beaucoup moins importante pour justifier les amitiés que j'ai nouées : je suis également beaucoup plus exigeante sur mes amitiés, je m'engage un peu sur la durée. Dans mon université ici, la plupart des étudiants en échange viennent de France, et il faut quand même avouer que les produits d'école de commerce sont "particuliers" (les clichés ne sont pas si faux) et je ne suis pas particulièrement attirée par ce genre de personnes (qui est certes minoritaire dans le groupe de personnes à qui je parle, vu que je ne suis pas masochiste et n'ai pas tendance à parler à des personnes qui ne me plaisent pas).
Je suis aussi beaucoup moins "positive" sur les gens, malgré le fait que j'en ai rencontré de fantastiques ici et ailleurs. Je pense que je vois beaucoup de négativité, et mon côté optimiste s'éteint un peu, je voudrais toujours ne voir que du bien chez les gens mais je me convaincs (et j'observe aussi) que c'est l'égoïsme qui motive les gens et que j'ai aussi le droit d'être un peu égoïste. J'ai grandi mon égoïsme, même si ma nature fait que je ne pourrai jamais l'être complètement et que je pense aussi beaucoup à l'autre et à la manière dont mes actions le touchent. Je ne pense pas que ce soit incompatible, d'ailleurs. Mais simplement, en ne me "donnant" pas entièrement aux personnes dès le début me permet d'avoir des relations amicales plus saines.

Et puis, je pense beaucoup à mes amis mais je ne le leur manifeste pas toujours. En plus, avec les réseaux sociaux, ça devient un peu facile et superficiel : je reçois un Snapchat d'une personne dont j'étais proche il y a longtemps, et paf, ça fait comme une connexion qui renouvelle nos liens amicaux, sauf que moi, j'aime pas trop les réseaux sociaux (et qu'en vérité, ouvrir son Snap ne me rend pas plus proche de lui). Tout du moins, j'aime pas trop trop y afficher mes activités, et j'aime pas trop trop les utiliser. Et c'est dommage parce que ça coûte peu d'écrire un MP ou d'envoyer un e-mail, mais je ne sais pas, je fais un blocage parfois. (Ça me fait penser à John Green qui disait que son blocage c'était de mettre une lettre à la poste alors qu'aux Etats-Unis c'est un geste facile, il suffit de mettre la lettre dans la boîte et de remonter le petit drapeau. Il peut écrire la lettre, mettre le timbre, mais le geste de l'envoyer lui semble atrocement difficile. Bah moi, quand je veux écrire un MP ou un e-mail, j'ai besoin de l'écrire sur ma to-do-list, sinon je ne le ferai jamais.)
Mes parents ont des amis qu'ils n'avaient pas vus depuis une décennie, et pourtant j'ai l'impression que ces personnes les considèrent encore comme des amis (à voir la façon adorable dont ils me traitent !). La notion d'amitié en Chine est quelque peu différente, j'ai l'impression. Mais de manière générale, les relations sont différentes entre les gens, elle est en grande partie fondée sur les cadeaux et le besoin de garder la face, ce qui n'empêche pas qu'on puisse sincèrement compter sur ses amis.

En somme, j'ai des amitiés chères à mon cœur, je ne me précipite pas pour en faire de nouvelles, j'envisage toutes mes amitiés dans la durée, j'ai des relations moins profondes et plus nombreuses, je suis moins ouverte et moins facile d'accès, je le vis bien, je change.
En illustration, je peux vous dire qu'au milieu de la rédaction de cet article, j'ai écrit un court message à 3 de mes anciens amis, qui m'ont tous immédiatement répondu. C'est facile, en fait. Il faut juste accepter d'y passer quelques minutes de son temps, et sincèrement, le résultat est tellement plus agréable que la difficulté de passer à l'acte, c'est gratifiant de prendre les devants.

Mots doux...

Leave your word !

Par Contingence le Lundi 20 juin 2016
Je pensais à toi aujourd'hui, et je passe par là et que vois-je. Tu as écris hier. J'avoue que je ne comprend plus grand chose, c'est devenu un peu difficile de suivre.
Je ne sais pas si tu te rappelle de moi, surtout que je n'écris plus trop moi. (J'aimerais bien m'y remettre mais je n'ai pas grand chose à dire) j'espère que tu vas bien :)
Manon
 

Leave your word !









Commentaire :








Votre adresse IP sera enregistrée pour des raisons de sécurité.
 

La discussion continue ailleurs...

Pour faire un rétrolien sur cet article :
http://madness.of.love.cowblog.fr/trackback/3276699

 

<< After | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Before >>

Créer un podcast